La vanille
La vanille est une orchidée tropicale dont les fruits, appelés gousses, produisent une épice portant le nom de vanille.
Le nom vanille dérive de l'espagnol vainilla, les premiers Européens à la rencontrer, issu du latin vagina qui signifie gaine, gousse ou étui.
La vanille porte des noms phonétiquement très semblables dans la plupart des langues de l'anglais vanilla au suédois vanilj en passant par le polonais wanilia.
Si le genre Vanilla compte plus de 110 d'espèces, trois seulement sont cultivées dans un but commercial : Vanilla planifolia originaire du Mexique,
Vanilla tahitensis, la vanille de Tahiti, et Vanilla pompona, le vanillon.
Ce sont les seules orchidées cultivées pour d'autres raisons qu'ornementales.
Les orchidées sont la plus grande famille, et la plus évoluée, de plantes avec plus de 35'000 espèces.
On en retrouve presque partout dans le monde.
La liane de vanille, ou vanillier, est une orchidée vivace grimpante, une épiphyte.
Souple et peu ramifiée, la vanille se développe par croissance de son bourgeon terminal.
Elle forme de longues pousses capables d'envahir un support potentiel éloigné de plus de dix mètres.
C'est une liane fragile qui, si elle est cassée, se bouturent très facilement, dans la nature comme en culture.
Elle s'attaque aux arbres des régions tropicales chaudes, entre 20° C et 30° C de moyenne, et humide, plus de 2000 mm d'eau répartie sur toute l'année.
Les feuilles de près de 15 centimètres, planes, entières, ovales avec le bout pointu, environ trois fois plus longues que larges, sont disposées de manière alternée sur les côtés de la tige.
La tige et les feuilles, vertes et charnues, sont gorgées d'un suc irritant provoquant brûlures et démangeaisons.
Des racines aériennes apparaissent souvent aux noeuds d'insertion des feuilles.
Les fleurs, d'apparence régulière, forment de petits bouquets sous les feuilles.
Elles sont très claire du blanc, ou jaune pâle, au verdâtre.
La fécondation naturelle nécessite l'intervention d'hyménoptères du genre Melipona, abeilles sociales sans aiguillon.
Après la fécondation, l'ovaire se transforme en une gousse, inodore, longue de 10 à 25 centimètres pour 7 à 10 millimètres de diamètre.
Elles contiennent des milliers de graines minuscules libérées par éclatement à maturité du fruit.
Histoire de la conquête du monde de la vanille
La vanille, la Tlilxochitl (tlili : noir, xochitl : gousse) était très appréciée des Aztèques.
On raconte que Moctezuma en faisait usage, dans une boisson au cacao, avant de rendre visite à ses très nombreuses femmes.
Les Espagnols la découvrent quelques années avant qu'Hernán Cortés Monroy Pizarro Altamirano se rende à Tenochtitlan, Mexico, et s'en fasse servir dans des gobelets d'or, comme il l'est souvent relaté ;
Cortés entre la première fois dans Tenochtitlan le 8 novembre 1519 alors que des documents relatent des importations de vanille en Espagne dès 1510.
Les Espagnols baptisent la vanille Vaynilla, petite gousse.
C'est le père Plumier qui lui donna le nom de Vanilla en 1703.
La vanille pénètre en France au début XVIIème siècle où elle est souvent utilisée dans la préparation de cafés et de chocolats.
La vanille est en train d'enthousiasmer l'Europe.
Elle est de plus en plus appréciée à la cour de France, où Madame de Montespan en parfume son bain.
La vanille importée et cultivée en Europe ne donne pas de gousse, Louis XIV décide de les produire à l'île Bourbon, la Réunion, ses diverses tentatives échouent.
Toutes les tentatives de production de gousses de vanille hors de son aire naturelle d'origine se soldent par des échecs.
Cette orchidée n'est plus cultivée, en Europe et dans les colonies, que pour son originalité et l'intérêt botanique qu'elle suscite auprès des collectionneurs de végétaux rares.
Du XVIIème au XVIIIème siècle, le Mexique, en particulier la région de Veracruz, conserve le monopole de la vanille.
Les Totonaques, qui avaient largement épaulé les Espagnols à la destruction de l'empire aztèque, demeurent les premiers producteurs mondiaux jusqu'au milieu du XIXème siècle.
On ignore, jusqu'au XIXème siècle, que la mélipone joue un rôle fécondateur indispensable à la formation du fruit.
Seule cette abeille est capable de se faufiler dans la corolle de cette orchidée et dépose ainsi du pollen sur les pistils.
Nouvelle tentative de culture commerciale de la vanille à l'Ile Bourbon ; le 26 juin 1819, le commandant Pierre-Henri Philiber et l'ordonnateur Marchant, à la demande de David de Floris, ramènent du muséum de Paris la Vanilla planifolia, petite vanille.
C'est cette espèce qui réussira le mieux à la Réunion, mieux que Vanilla tahitensis et Vanilla pompona, mais nous n'en sommes pas encore là et de plus de deux décennies.
La première pollinisation artificielle du vanillier n'est réalisée qu'en 1836 par le naturaliste belge Charles Morren au jardin botanique de Liège.
En 1837 c'est l'horticulteur français Joseph Henri François Neumann, en France, qui obtient un résultat.
Ces essais n'aboutissent pas à la mise au point d'une technique de production en culture.
C'est un esclave bourbonnais, réunionnais, de 12 ans, Edmond Albius, qui découvre, en 1841, le procédé manuel de fécondation de la vanille encore utilisé de nos jours.
Deux genèses de cette découverte s'affrontent :
Puni par son maître Edmond se venge sur les orchidées, et déclenche la fécondation.
Jardinier passionné dans une plantation, où il a appris de son maître la fécondation artificielle des citrouilles, il a l'idée de féconder la vanille en mettant en rapport les organes mâle et femelle.
Cette méthode de pollinisation, dont Jean-Michel-Claude Richard tenta de s'approprier la paternité, fait de l'île Bourbon, le premier centre vanillier de la planète en quelques années.
Malgré sa découverte, Edmond Albius, n’eut pas droit au moindre traitement de faveur.
A l'abolition de l'esclavage, le 20 décembre 1848, on donne au jeune Edmond le patronyme d'Albius, en référence à la couleur blanche, alba, de la fleur de la vanille.
Il est lâché dans la nature, comme les autres esclaves, sans aucun encadrement ni métier. Il périra dans la misère en 1880 alors que l'île Bourbon s’enrichissait grâce à la vanille.
|